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Depuis peu, je prends le temps de lire certains blogs et autres réseaux sociaux des gens que j’apprécie, même si je ne suis pas toujours d’accord avec eux. Pour autant, je n’en demeure pas moins passive, ayant la « paresse » d’avoir à répondre à une polémique sans fin, et parfois sans grand intérêt !

Mais dernièrement deux des articles de Vincent Pousson, m’ont donné envie de réagir : «Think different», sujet que je traiterai un autre jour et «l’imaginaire de la minéralité», que je vais aborder aujourd’hui.

Je suis bien sûr d’accord avec lui quand il écrit: « C’est un peu le mot que l’on sort quand on a rien à dire, un bouche-trou des dégustations de comptoir, l’argument en plus du boutiquier, le remède à la panne d’inspiration. Au hit-parade du vocabulaire pinardier qui donne une contenance, la « minéralité » a largement dépassé ce « racinaire » qui avait assez d’allure pour avoir tout l’avenir devant lui, mis l’éteignoir sur cette belle « salinité »* qui pourtant promettait. Même la « buvabilité » est battue à plate couture, Le problème de cette sacro-sainte « minéralité », c’est que la plupart du temps, on ne voit pas exactement à quoi elle se réfère dans les descriptions de ceux qui l’emploient. » …

Inconsistance

Je n’ai pas souvenir que nous, sommeliers ou dégustateurs, utilisions ce terme dans mes débuts, son apparition est assez récente , aucune trace du terme «minéral» chez Max Léglise ou chez Emile Peynaud, des classiques de la dégustation et la rapidité avec laquelle tous les dégustateurs l’ont adopté, (je l’ai moi-même utilisé maintes fois), est assez inattendue et je dirai même, effrayante parce que malhonnête, la plupart d’entre eux, ne sachant pas expliquer à quoi correspond cette fichue minéralité ! Consciente de cet abus, je m’oblige à l’heure actuelle à l’employer le moins possible dans mes analyses de vin, essayant de traduire cette minéralité inconsistante par des paroles plus honnêtes, ce qui d’ailleurs m’amène à changer complètement le style de mes descriptions.

Si je l’emploie, c’est pour décrire certains types d’arômes de la famille minérale tant au nez comme en bouche: pierre à fusil, pétrole, pierre, graphite, craie, silex, huître, coquillages, et j’y ajouterai des sensations de fraîcheur, une perception d’acidité et salinité. Je pense que la minéralité est liée à plusieurs sensations dans la dégustation du vin, mais je l’associe toujours à une pureté d’expression aromatique et la réserve aux grands vins.

Par expérience, je puis vous affirmer que, le langage professionnel que nos adoptons, n’intéresse pas 90% de nos clients, qui veulent juste savoir si le vin est léger, fruité, facile à boire ou contraire plus structuré et encore, la parole qu’ils emploient est « fort »,  ou dans le meilleur des cas, « puissant » et avec quoi ils peuvent le boire et enfin le prix ! Nos commentaires les impressionnent certes, mais la plupart du temps soit les effraient, soit les laissent indifférent. Nous nous faisons plaisir, flattons les vignerons, remplissons des pages de littérature qui ne servent à rien ou presque. Il est grand temps de revoir tout ça et d’offrir du moins aux consommateurs moins éclairés, des textes simples et faciles à comprendre. Tout change autour de nous, alors nous devons nous remettre en question; certes, nous avons besoin de connaître le profil d’un vin, sa structure, son potentiel de garde, mais soyons plus ludiques, plus directs, plus pratiques!

Les mots qui font tilt

Mais, je m’égare, ce qui m’a fait réagir, surtout, c’est quand Vincent parle de «l’argument en plus du boutiquier» ! Je trouve ça très péjoratif et méprisant pour le fameux boutiquier. Je ne sais pas si Vincent a jamais été boutiquier et même sommelier, mais moi oui, et j’ai aimé ça, «boutiquier/caviste», c’est un métier noble et difficile et je l’ai exercé avec passion et sincérité. J’aspirais avant tout à vendre les vins auxquels je croyais, convaincue qu’ils pourraient plaire aux clients ! Mais, ça n’est pas toujours facile de communiquer son enthousiasme pour un vin, et pour séduire un client, il faut d’abord l’écouter afin de voir quel vin pourrait correspondre à ses gouts. Quand je croyais avoir compris, je déployais tout un discours pour essayer de le convaincre et en même temps, j’observais ses réactions pour voir quelles paroles avaient fait tilt. Certaines se révélaient magiques, et faisaient mouche très souvent, comme la minéralité, par exemple. Eh, oui, elle a été tellement galvaudée qu’elle est arrivée jusqu’au consommateur final.

Chez les femmes, minéralité et puissance faisaient briller leur regard, mon imaginaire à moi s’évadait alors et je me disais que peut-être elles percevaient le scintillement de brillants sur un tapis de joailler, ou la puissance des bras d’un homme, en aucun cas, je ne les imaginais suçant des cailloux, ou pensant à des molécules, ou à de l’acidité. Chez les hommes, aussitôt le mot prononcé, je les sentais plus attentifs, plus à l’écoute, dans leur esprit, on était sur du sérieux, ça «sonnait» bien, ils en avaient déjà entendu parler. Dans tous les cas, la minéralité permettait d’élargir le dialogue, de «décoincer» le client, de pénétrer dans son intimité vinique ! C’est que, pour lui comme pour le dégustateur la minéralité est perçue comme une notion positive qui sous-entend une certaine complexité, et qui donne un certain plus au vin.

Attention, je suis entrain de parler de clients aimant le vin, mais peu connaisseurs et c’est la majorité quand même.

Alors, mon cher Vincent, quel mal y a –t-il pour un « boutiquier », à employer le mot minéralité ? C’est du marketing, peut-être, mais son but est quand même de vendre du vin, et comme il est boutiquier et non vendeur en GD, il est censé n’avoir que des vins très bien sélectionnés. On est bien d’accord, qu’il faut qu’il s’y rattache notamment une idée de « terroir », quelque chose de qualitatif. Sans que l’on puisse définir exactement quoi , si il est sérieux, il aura écouté son client et lui aura vendu un vin intéressant, qui correspondra à ses gouts, et si la minéralité l’y a aidé tant mieux, l’essentiel étant que ce dernier aime le vin, il saura bien y trouver sa définition de la minéralité.

Oui, laissez-le y croire  et vive la minéralité!

Marie-Louise Banyols